Questa voce è stata pubblicata in contributi. Contrassegna il permalink.

Note de lecture « Chemins d’écrits entre voix »

Chloé Blachère

Paris, le 04 février 2021

La fin de l’année 2020 a été marquée par la publication d’un ouvrage collectif réunissant dix-neuf articles sur le thème de la voix. Les auteurs, aux parcours variés – du musicien professionnel au psychanalyste, en passant par le chef de chœur et le médecin –  se trouvent ici réunis autour de la voix et de son étude dans le champ psychanalytique. Forts d’une année universitaire parcourue à l’occasion du Diplôme Universitaire « Voix et Symptômes ; psychopathologie et clinique de la voix » dispensé par l’université Paris 7 – Diderot, ce projet est né du fleurissement de pensées singulières, avec le désir commun de leur donner voix.

Dans sa construction, pensée par Claire Gillie à qui l’orchestration de ce travail revient, l’ouvrage explore la voix à travers cinq grandes parties. La première, empruntant les plumes de Marie-Laure Ciboulet-Lehmann et Véronique Truffot, se propose d’aborder le cri comme premier appel à l’Autre.

La seconde, introduite par les propos de Laure Guilbot, aborde la question du corps mutilé et de la perte vocale. Il y est question de laryngectomie, lorsque l’appareil phonatoire est mis à mal et implique de réinventer le rapport à la voix. Dans l’article suivant, Eva Arnaud établit un lien entre endométriose et voix au travers de violences sexuelles tues et dont le corps demeure héritier ou porteur. Elle fait ici l’hypothèse que dans certains cas, l’endométriose survient comme symptôme du traumatisme de violences sexuelles subies ou transmises en silence d’une génération à l’autre, auquel l’une des issues identifiée comme possible se trouve dans la pratique vocale, le chant, là où les mots n’ont pas (encore ?) su ou pu frayer un chemin. Plus loin, Loni Inguanez propose une étude du bégaiement et des enjeux psychiques qu’il comporte, notamment  au travers de ce qu’elle nomme « bredouillement », c’est-à-dire le bégaiement en tant qu’il constitue un trouble non isolé et pris dans une dynamique pulsionnelle. Elle nous invite à aborder le bégaiement comme étant une parole troublée et non une condition figée de l’être au monde. Le dernier article de ce chapitre porte sur les ratages de la mue au moment de la puberté. Ici, Chloé Blachère s’intéresse aux liens qui peuvent exister entre la voix et la vie psychique d’un être, entre sa voix et son corps sexué. A l’aune de la vie adulte, l’auteure parcours ici les trébuchements vocaux qui révèlent autant qu’ils voilent le rapport d’un être à son propre désir.

Le troisième chapitre explore les voix qui se trouvent en errance, entre exil dans le corps et exil dans la langue. Il est introduit, dans la continuité du précédent, par un questionnement sur la mue, mais cette fois-ci spécifiquement abordée chez la fille. Odile Amossé y propose une schématisation de l’inaudible de la mue de la fille qu’elle nomme « capsule insonore » et qu’elle présente comme un appel. Le texte suivant, proposé par Manon Trichard, porte sur le psychodrame et la possibilité que cette thérapie offre à certaines voix d’être entendues, du fait du dispositif même incluant thérapeute et co-thérapeutes, là où pour d’autres, il peut cristalliser une difficulté à faire entendre leur voix, au point de se révéler inopportun à toute progression thérapeutique. Le chapitre se poursuit avec un article intitulé « Avec leur(s) voix d’avant. Voix, langue(s) et lieux », texte écrit par Estelle Figeon, qui vient questionner la voix des exilés. Le chapitre s’achève sur une étude de cas proposée par Béatrice Foucault, au travers de laquelle celle-ci explore l’investissement vocal que connait un homme au cours du suivi thérapeutique qu’il réalise avec elle.

La quatrième partie de l’ouvrage propose de parcourir les voies thérapeutiques de la voix retrouvée ayant permis à des discordances honteuses d’être réaccordées. Ce nouveau chapitre s’ouvre sur une proposition de Dominique Vallanet-Delage portant sur la possibilité de « lever le voile » sur ce qui se dit au travers de la voix. C’est dans cette perspective que s’inscrit l’article suivant, dans lequel Déborah Bellevy explore ce qui, de la honte, peut rester tapi longtemps jusqu’à, par étayage, surgir par la voix. Plus loin, Yael Raanan-Vandor aborde la folie hystérique et son rapport à la voix, notamment au travers de l’étude du cas d’un patient de J.-C. Maleval présenté dans son ouvrage Folies hystériques et psychoses dissociatives[1]. Enfin, ce chapitre est enrichi par le texte de Véronique Deschamps, qui explore avec finesse et au travers de multiples illustrations cliniques « La « petite musique » du patient et l’écoute du psychanalyste ». Les rapports qu’entretiennent la voix et le langage sont ici explorés.

Le dernier chapitre de cet ouvrage est une invitation « Entre envers musical, devers sociaux et revers mystiques ». Il y est question des « inscriptions de la voix au cœur de l’anthropos ». Ici, Fabien Deleurme explore la phonation ingressive qui consiste en une utilisation de la voix à l’envers, pouvant être revendiquée – par exemple dans le champ artistique – ou bien symptomatique. Ce chapitre est ponctué par la proposition de Dimitri Repérant, qui porte son attention sur la voix et la parole qui ne se dit pas, et sur le « pouvoir » que la première acquiert à être finalement entendue. Ici, ce n’est pas tant le silence ravalé qui est observé que la voix « qui veut se dire » et qui pourtant est tue. L’auteur étudie ce phénomène et ses transformations possibles au travers un dispositif mis en place dans sa pratique de coach de voix. L’ouvrage se conclut finalement par une proposition originale de Martin Le Dref, prenant la forme d’une lettre fictive de Rabindranath Tagore à Sigmund Freud, tissant un dialogue entre voix sacrée et voix subjective.

Tout au long de ces variations sur le thème de la voix, la richesse des trajectoires des contributeurs offre une lecture plurielle de la clinique de la voix et de la multitude de ses expressions, qu’elles soient normales ou pathologiques, médicales ou rééducatives, artistiques ou fonctionnelles.

[1] Maleval, J.-C., Folies hystériques et psychoses dissociatives, Paris, Payot, 1981.

Condividi questo articolo