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Note de lecture : L’adolescent et sa musique, d’une violence l’autre Sous la direction de Vincent Cornalba

L’adolescent et sa musique. D’une violence l’autre est un ouvrage qui est loin de ne s’adresser qu’aux seuls mélomanes ou professionnels qui, dans leur clinique, auraient affaire directement avec la question de la musique à l’adolescence. Cet ouvrage collectif, par la diversité des réflexions et propositions qui y sont faites, offre un regard sur l’investissement qu’un adolescent peut faire d’un type de musique. Il défend l’idée que cette rencontre avec un support culturel particulier peut participer, pour l’adolescent et dans cette période d’intenses remaniements psychiques, à sa subjectivation, tout en lui assurant l’assujettissement nécessaire à son intégration dans la cité.

Bien loin de devenir la cause d’une possible dérivation de l’être, la violence de certaines musiques s’offre à l’adolescent comme reflet de celle qui l’agit malgré lui. Elle lui procure par là-même la possibilité d’en faire quelque chose, de la symboliser. La musique occupe dès lors cette fonction de recevoir cette violence sans se défausser, donnée indispensable à toute élaboration future.

Le livre s’articule en deux parties : l’une comprend des résonances cliniques et l’autre aborde les configurations musicales de la violence pubertaire.

La première partie est introduite par un article de François Marty, dont la parution originale date de 1997 (1). Il y est question du sonore dont s’entoure l’adolescent et qui, en tant qu’enveloppe contenante, vient participer à sa construction en étant facteur à la fois d’identifications groupales mais aussi support de projections. L’auteur y développe l’idée que le « narcissisme vocal » qui se modèle à l’adolescence n’est autre que la manifestation du chemin parcouru entre auto-érotisme et investissement génital de l’objet. Dans ce premier chapitre, il est également question de la fonction que revêt la musique à constituer pour l’adolescent une barrière contre l’inceste tout en lui assurant une présence réconfortante. Entre construction et destruction, la musique accompagne finalement l’adolescent dans ce mouvement de balancier jusqu’à permettre une articulation entre pulsion et culture.

Plus loin, c’est au travers de diverses vignettes cliniques que Vincent Cornalba illustre la problématique narcissique et objectale pubertaire, que le sentiment de menace éprouvé à cette période – menace interne et externe – accompagne. Ce processus de subjectivation rencontrera nécessairement sur son chemin certains déséquilibres. Si ceux-ci sont inhérents aux réaménagements en cours, ils participent à la constitution d’un fonctionnement opérant de l’appareil psychique mais peuvent également, pour certains, représenter une menace de leur « élan vital », tant que l’issue en est incertaine.

Cette première partie s’achève sur la place que le sonore et la musique occupent dans l’espace psychique des adolescents. Dans ce chapitre, Anthony Brault et Edith Lecourt abordent en duo la manière dont le groupe familial module le sonore d’une manière singulière, ce qui va participer à la construction identitaire de chaque être en développement qui le constitue. Pour ces auteurs, la musique adolescente n’est autre qu’une manifestation bruyante du vécu sensoriel et pulsionnel de l’adolescent, lui permettant notamment d’habiter et de maîtriser son environnement. En nous conduisant au cœur d’une séance de musicothérapie dans un hôpital de jour pour adolescents, les auteurs nous font percevoir d’une part la violence pulsionnelle à l’œuvre au moment de la puberté, et d’autre part l’alternance entre « homophonie (l’unisson) » et hétérophonie, entre recherche du même et d’une identité propre. Ce chapitre se conclut sur une présentation de différentes pratiques de musicothérapie et de leur pertinence dans la clinique adolescente.

Dans la seconde partie, il est question des configurations musicales propres à la violence pubertaire. Cette nouvelle partie s’ouvre sur la question des textes en musique, particulièrement dans le rap. Philippe Givre en dégage la composante agressive et met en lumière la résonnance qu’elle comporte avec le monde interne des adolescents actuels. La musique rap apparaît comme une illustration du combat intrapsychique qui anime l’être à cet âge de la vie. Givre y identifie une hystérisation utile à produire un effet cathartique dans lequel se rejoue la relation aux mauvais objets, hystérisation qui permet également que les composantes pulsionnelles et surmoïques de l’adolescent puissent trouver une articulation possible. Dans ce chapitre, l’auteur aborde également le rapport de soumission inconditionnelle à la mère phallique qui peut être identifié au travers de l’investissement des différentes figures féminines dont il est question dans les paroles rap. Il y est également question du glissement, chez certains rappeurs, d’une virilité ostentatoire à une féminisation assumée, témoignant d’un délitement d’une identité masculine possible. En établissant un parallèle entre le « flow » du rap – manière dont la parole est dite et propre à chacun – et le discours adolescent au cours d’une thérapie, Givre révèle finalement l’importance de la narrativité dans la constitution d’une continuité temporelle à l’adolescence.

Le chapitre suivant prend appui sur l’expérience et le parcours propre à son auteure, Laetitia Petit, pour tisser une analogie entre la crise adolescente et la crise que connût le langage musical au XXè siècle. Son propos prend particulièrement appui sur Le Chant des adolescents de Stockhausen. En partant du constat qu’il n’existe pas une musique spécifiquement adolescente, celle-ci nous invite plutôt à appréhender la musique comme une compagne privilégiée de cette période de la vie. Elle conclue son propos sur la proximité de la musique – à la différence des autres arts – avec les questions de l’impossible de la mort et de son traitement ; questions qui sont à la base du processus adolescent.

Cet ouvrage se conclue sur un chapitre consacré au Rock’n’Roll que l’auteure, Emmanuelle Calandra, approche comme pouvant être une institution d’étayage à l’adolescence. Elle y développe l’idée que figure mi-homme mi-dieu, le rockeur constitue pour l’adolescent un support d’identification par excellence. Il incarne le noyau imaginaire inconscient attendu par le public qui le voit mettre en jeu sa vie – physique et psychique – sans menacer la sienne. Nous retrouvons ici l’idée d’une mère idéale incarnée par ce genre musical, une mère suffisamment accueillante, contenante, soutenante, pare-excitante pour accompagner les remaniements psychiques qui agitent l’adolescent. Un parallèle est également développé entre le phénomène Rock et certains traits psychopathologiques du tableau des états-limites, conduisant à l’idée que – même si le Rock peut se faire le support de toute structure psychique – cette institution peut permettre l’évitement d’une relation duelle dangereuse pour un état-limite et permettre l’amorçage d’un travail de figuration, là où celui du fantasme n’est pas possible. Finalement, cet article met en exergue le rôle que jouent les groupes et les institutions dans la possibilité d’une élaboration fertile lors de crises existentielles. Le Rock’n’Roll, en tant qu’institution et objet culturel, joue tout particulièrement ce rôle pour la période de l’adolescence.

La lecture de cet ouvrage est d’une grande richesse, à la fois par la diversité des thèses qui y sont soutenues que par les différents angles par lesquelles musique et adolescence viennent à se rencontrer. Ce travail, dont Vincent Cornalba revendique qu’il ne soit pas exhaustif, offre à son lecteur la possibilité d’esquisser sa propre lecture de cette articulation adolescent/musique. Et n’est-ce pas justement le propos qui tout le long y est défendu ? Celui d’une trame de fond qui, par sa consistance, offre la possibilité d’une élaboration propre, authentiquement subjective ?

 

  1. Marty, F. « Figures sonores de la violence à l’adolescence ». Adolescence, 1997, T.15 n°2, pp.308-324.
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